La Notion de Modernité africaine


Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui pensent qu’il est temps de tourner le dos aux expériences humaines africaines pour pourvoir à notre développement, en partant en quête de la motion de « MODERNITÉ », dans les cultures occidentale, orientale ou encore asiatique. Cette solution préconisée par certain, reflète notre profonde méconnaissance de l’histoire intellectuelle et civilitationnelle du continent africain. C’est même une grave erreur qui condamne notre « Moi » profond à l’aliénation culturelle.

En réalité tout peuple possède en son sein, les éléments de sa modernité. Octavio PAZ (1914/1998), écrivain mexicain, prix Nobel de littérature en 1990, a souhaité lui aussi s’interroger sur la notion de modernité à propos de la société mexicaine en proie à l’attraction culturelle des USA. Conscient des enjeux et de la beauté de sa culture ancestrale, il est parvenu à cette conclusion : Dans mes pérégrinations à la recherche de la modernité (…) je suis revenu à mon origine et j’ai découvert que la modernité n’est pas au-dehors mais à l’intérieur de nous. C’est aujourd’hui et c’est la plus lointaine antiquité“.

Eurocentrisme et notion de « Modernité »

Si certains pensent que nous devons à la Grèce antique, la recherche des « causes » des phénomènes et le discours intellectuel débarrassé des mythes théologiques (thèse eurocentriste), c’est en France dit-on, qu’est née la notion de « modernité » qui a fait son apparition dans les écrits du philosophe René Descartes (1596-1650), auteur du “Discours sur la méthode“. Il est donc officiellement présenté comme le fondateur de la pensée philosophique moderne A travers son “je pense donc je suis(cogito, ergo sum), il aurait introduit dit-on, la « rationalité » dans la pensée de l’humanité.

René Descartes serait encore celui qui aurait le « premier » émis l’idée que l’univers dans son ensemble (mis à part l’esprit qui est d’une autre nature que le corps) est saisissable via une réflexion mathématique. Car pour ce dernier, tous les phénomènes naturels doivent pouvoir s’expliquer par des raisonnements mathématiques, c’est-à-dire par des formules et des principes qui fonctionnent comme des « Lois ».

Antériorité africaine de la notion de « Modernité »

C’est durant la période de l’Afrique noire pharaonique qu’il convient de circonscrire l’origine même de la notion de « MODERNITÉ ». Car il est aisé de constater que les prouesses intellectuelles kamites de l’antiquité ont été réalisée à l’aube de la civilisation pharaonique. C’est un peu comme si, avoue certains chercheurs, en construisant Paris on avait commencé par la tour Eiffel.

Mais encore, il existe un texte hiéroglyphique datant de 300 de l’ère ancienne africaine mais dont les racines semblent plonger dans l’Ancien Empire (-3000 ans), qui aborde la création de l’Univers par Dieu (dit Atoum-Râ), d’une façon qui doit nous interpeler.

Ce texte tiré du papyrus dit « Bremner-Rhind » et intitulé “Comment l’Existant vint à l’existence“, donne la parole au Créateur lui-même qui dit ceci : ” Quand je me suis manifesté à l’existence, l’existence exista (…) Venu à l’existence sous le mode de l’existant, j’existais donc“.

Son explication est assez intéressante car Atoum-Râ rattache l’apparition des formes diverses d’existence à son existence initiale car il est l’unique Créateur de tout ce qui est. Depuis l’Ancien Empire, cette notion d’un Créateur unique nommé encore « Oua » à savoir « l’Unique », ou encore « Nétcher Oua » à savoir « le Dieu Unique » est explicite dans les écrits de nos ancêtres.

Ainsi, notre Nétcher Oua parle des diverses formes d’existence des mondes visibles et invisibles, comme appartenant à une seule en réalité consciente initiale : la sienne ! C’est la théorie théosophique kamite du « Un » initial devenu « Multiple » et du « Multiple » qui en définitive n’est que « l’Un » initial.  Puis, il sous-tend que parce qu’il fut en pleine possession de toutes ses capacités qu’il a été capable de se manifester à l’existence.

C’est donc ici que se trouve la faille du discours de Descartes car la phrase « je pense donc je suis » est inexacte. Pourquoi ? Peut-on considérer qu’un individu aliéné culturellement est capable véritablement de « Penser » ??? Pour penser, l’homme utilise un « système de réflexion » connu sous le nom de « paradigme ». Or c’est directement ce que détruit le système colonial lorsqu’il s’abat sur un individu, c’est-à-dire sa conscience originelle et donc sa Conscience de Soi.

D’autre part, nous devons au mathématicien kamit « Iâmessou » dit encore « Ahmès », la rédaction vers 1650 de l’ère ancienne africaine, du papyrus dit de « Rhind ». Il s’agit d’un document comportant divers traités de mathématique (qui révèlent ainsi au grand jour, les sources africaines de Thalès, d’Eudoxe, d’Euclide et de Pythagore) et dont le titre dévoile la seule définition connue des sciences mathématiques dans l’antiquité.

Cette définition, qui a été écrite par Iâmessou à l’encre rouge, en introduction de son papyrus est celle-ci : “Méthode correcte d’investigation dans la nature pour connaître tout ce qui existe, chaque mystère, tous les secrets. Par le scribe Ahmes qui a copié cette copie…”. 

Ainsi nous découvrons que depuis l’époque pharaonique, les savants africains avaient assigné aux sciences mathématiques, la mission en autre, de dégager les lois fondamentales qui régissent l’Univers dans toutes ses dimensions (matérielles et immatérielles). Donc, cette initiative scientifique et philosophique ne peut être présentée aujourd’hui comme étant celle de Descartes.

Ainsi, c’est en parfaite connaissance de nos Humanités Classiques Africaines que nous serons en mesure de définir notre propre notion de « MODERNITÉ KAMITE ». Pour cela nous devons accomplir notre « Ouhem Messout », c’est-à-dire notre « Renaissance Panafricaine » à travers l’étude des Savoirs de nos ancêtres dans tous les domaines.